Vendre légalement ses confitures, sauces et conserves maison (2026)

Tabres Team
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Trois bocaux sur votre plan de travail. Une confiture de fraises, des cornichons au vinaigre, et une sauce piquante que vous peaufinez depuis deux ans. Ça ressemble à une seule gamme. En droit alimentaire, ce sont trois animaux complètement différents — et l'un des trois peut se vendre presque partout pendant qu'un autre demande un barème validé par un laboratoire.

Réponse courte : en France, les trois sont autorisés à la vente depuis une cuisine à domicile. Il n'existe ni liste d'aliments interdits, ni plafond de chiffre d'affaires alimentaire, ni interdiction de vendre à une épicerie pour les produits végétaux. Ce qui change d'un bocal à l'autre, c'est ce que vous devez prouver. La confiture est encadrée par un décret sur les dénominations et les teneurs en fruits. Les pickles reposent sur une acidité que vous devez mesurer. Les sauces et les conserves de légumes sont la catégorie difficile : c'est à vous de démontrer la sécurité du procédé, et si vous stérilisez, il vous faut un barème validé. Tout tourne autour d'un seul nombre : pH 4,6.

Ceci est un guide en langage clair, pas un avis juridique. Les textes évoluent. Faites confirmer votre cas par votre DDPP avant votre première vente.

Le seul nombre qui décide de tout : pH 4,6

Voici la science, en une minute. Elle explique toutes les règles qui suivent.

Un bocal fermé ne contient pas d'oxygène. C'est exactement l'environnement que Clostridium botulinum apprécie. Ses spores survivent à l'eau bouillante — vous ne pouvez pas les éliminer sur une plaque de cuisson. La chaleur seule ne suffit donc pas à rendre un bocal sûr.

L'acidité, si. En dessous de pH 4,6, ces spores ne peuvent ni se développer ni produire de toxine. C'est toute la défense d'une cuisine domestique.

Le droit alimentaire sépare donc les bocaux en deux piles :

  • Les produits acides ou acidifiés (pH 4,6 ou moins) — confiture, gelée, pickles au vinaigre, sauce piquante, la plupart des salsas de tomate. Un traitement thermique en bain-marie bouillant suffit. Ce sont ceux qu'une production à domicile peut faire.
  • Les produits peu acides (au-dessus de pH 4,6) — haricots verts, maïs, carottes, soupes, ail nature, la plupart des purées de légumes. Ils exigent une appertisation sous pression avec un barème de stérilisation validé. En pratique, ils sont hors de portée d'une cuisine domestique.

Ce n'est pas de la paranoïa. En France, le botulisme alimentaire reste rare — quelques cas déclarés par an — mais les conserves familiales insuffisamment acides ou mal stérilisées en sont la cause historique la plus fréquente. Ce chiffre minuscule est précisément la raison pour laquelle les règles sont strictes : un risque rare et grave se traite sérieusement.

Deux termes que vous croiserez, parce que les professionnels les utilisent :

Le pH d'équilibre est le pH du bocal entier une fois que tout s'est stabilisé, en général 24 heures plus tard. L'intérieur d'un cornichon n'est pas aussi acide que la saumure autour de lui au premier jour. Mesurer la saumure à la sortie de la casserole ne vous apprend rien d'utile.

L'activité de l'eau (aw) mesure l'eau réellement disponible pour les micro-organismes. Le sucre la fixe. C'est la deuxième raison pour laquelle la confiture est sûre : elle est acide et sèche, au sens microbiologique. En dessous de 0,85 aw, vous êtes hors zone de danger même sans beaucoup d'acidité.

Ce qui nous amène à la séparation des trois catégories.

Vos trois bocaux, trois régimes différents

Produit Statut habituel en France Ce que vous devez pouvoir prouver
Confiture, gelée, marmelade, pâte de fruits Le plus simple. Encadré par un décret de dénomination Respect des teneurs en fruits et en sucres, étiquetage spécifique
Légumes au vinaigre (pickles) Autorisé, très courant pH d'équilibre ≤ 4,6, mesuré et tracé
Ferments (choucroute, kimchi) Autorisé, plus délicat Maîtrise du procédé, pH final, souvent chaîne du froid
Sauce piquante, ketchup, salsa, chutney, condiment La catégorie difficile pH ≤ 4,6 et barème thermique justifié, souvent validé
Conserves de légumes peu acides, ail dans l'huile À proscrire à domicile Rien ne les rattrape sans autoclave et barème validé

Le schéma vaut la peine d'être dit à voix haute, parce qu'il fait gagner des mois : plus vous mettez de légumes peu acides dans le bocal, plus la démonstration devient lourde. Du fruit et du sucre, c'est simple. Du concombre dans du vinaigre fort, c'est intermédiaire. Des poivrons, des oignons, de l'ail et de la tomate mixés ensemble, c'est là que vous rencontrez un laboratoire.

Confitures et gelées : le oui le plus rapide, avec un piège de nom

Commencez ici si vous voulez le produit légal le plus rapide. La confiture est le produit historique de la vente à domicile, et pour de bonnes raisons : forte acidité, fort taux de sucre, et un siècle de recettes éprouvées derrière.

Mais il y a un piège, et il attrape en permanence de très bons cuisiniers.

« Confiture », « gelée » et « marmelade » sont des mots juridiquement définis. Le décret n° 85-872 du 14 août 1985, qui transpose la directive européenne sur les confitures, fixe des teneurs minimales en fruits et une dénomination précise. Et ces seuils ont été relevés par la directive (UE) 2024/1438, applicable depuis le 14 juin 2026 :

  • Confiture : au moins 450 g de fruits par kilo de produit fini (contre 350 g auparavant).
  • Confiture extra : au moins 500 g de fruits par kilo (contre 450 g).
  • Marmelade : réservée aux agrumes. En France, une « marmelade d'abricots » n'existe pas.
  • Gelée : à base de jus ou d'extrait aqueux de fruits.

Le texte impose aussi désormais d'indiquer sur l'étiquette la teneur totale en sucres en grammes pour 100 g, en plus de la teneur en fruits. Vérifiez la rédaction en vigueur du décret français avant d'imprimer : la transposition d'une directive prend parfois quelques mois.

Donc la recette moderne peu sucrée que tout le monde veut faire ? C'est peut-être un très bon produit, mais ce n'est souvent pas juridiquement une « confiture ».

La solution est simple et parfaitement légitime : appelez-la préparation de fruits, compotée, pâte à tartiner aux fruits ou fruits au sucre de canne. Autre nom, aucune dénomination réglementée à respecter. Sachez simplement qu'une préparation peu sucrée a un profil de sécurité différent — moins de sucre veut dire plus d'eau libre — alors suivez une recette testée à ce niveau de sucre plutôt que de diviser par deux le sucre d'une recette classique.

Quelques autres points qui gardent les confituriers hors d'ennuis :

  • Travaillez avec des recettes éprouvées. Les fiches techniques des chambres d'agriculture, du CTCPA et des associations de transformateurs fermiers sont accessibles et sérieuses.
  • La pectine n'est pas un décor. Les recettes peu sucrées demandent une pectine faite pour ça. Changer de marque en cours de recette change la prise.
  • Ne stérilisez pas au four, n'utilisez pas de paraffine, et ne comptez pas sur le retournement du bocal comme seul traitement. Les trois étaient normaux en 1975. Les trois sont aujourd'hui considérés comme insuffisants.
  • Des capsules neuves à chaque fois. Le bocal se réutilise, la capsule non — le joint ne se refait pas.

Pickles : autorisés, si vous mesurez le pH

Les légumes au vinaigre sont une catégorie confortable en France, à une condition : vous devez mesurer et tracer l'acidité.

Voici ce qui vous garde du bon côté de la ligne :

Utilisez un vinaigre du commerce et connaissez son degré. En France, le vinaigre est vendu en degrés — c'est le nombre de grammes d'acide acétique pour 100 mL. Le vinaigre d'alcool blanc est en général à , le vinaigre de vin à 6 ou 7°, le vinaigre de cidre à 5 ou 6°. Un vinaigre maison ou non étiqueté a une force inconnue : toute votre marge de sécurité repose sur ce chiffre.

Ne coupez jamais le vinaigre. « C'est trop acide » est la première raison pour laquelle un producteur affaiblit une recette, et c'est la première façon de transformer une recette sûre en recette dangereuse. Si c'est trop vif, ajoutez du sucre — le sucre ne remonte pas le pH.

Attention à ce que vous ajoutez. Plus d'ail, plus d'oignon, plus de poivrons, plus de carotte : chaque ajout peu acide fait monter le pH. Une recette testée est testée telle qu'écrite, ratios compris.

Achetez un pH-mètre, pas des bandelettes. Les bandelettes conviennent à un loisir et ne sont pas acceptées pour un produit vendu. Un pH-mètre numérique alimentaire coûte 100 à 300 €, plus les solutions tampon pour l'étalonner. Étalonnez avant chaque série : les appareils dérivent.

Mesurez le produit équilibré. Attendez 24 heures complètes, mixez un échantillon de solide et de liquide ensemble, et mesurez ça. Notez la valeur avec la date et l'étalonnage.

Visez une marge. La ligne réglementaire est 4,6, mais la plupart des recettes et des guides professionnels français visent 4,2 à 4,5 pour absorber la variabilité des matières premières.

Les ferments sont une autre question. Cornichons lactofermentés, kimchi et choucroute finissent acides, mais ils y arrivent par un procédé vivant qui varie d'un lot à l'autre. Il faut suivre le pH sur la durée, et un ferment réfrigéré n'est pas un produit stable à température ambiante : il vous impose une chaîne du froid et une DLC.

Sauces, salsas et condiments : la catégorie qui demande une preuve

C'est là que la plupart des gens sont surpris, alors soyons directs.

Une sauce piquante, c'est en général des ingrédients peu acides — piments, oignon, ail, carotte, fruits — ramenés sous pH 4,6 avec du vinaigre ou du jus d'agrume. C'est ce qu'on appelle un produit acidifié. Et la sécurité d'un produit acidifié stable à température ambiante repose sur deux choses simultanément : l'acidité et le traitement thermique.

Ce que ça implique concrètement en France :

  1. Votre HACCP doit démontrer le raisonnement. Pas « je pense que c'est acide ». Une analyse de dangers écrite, un point critique identifié (le pH, le barème), des limites, une surveillance et des enregistrements.
  2. Si vous stérilisez, il vous faut un barème. Un barème de stérilisation ou de pasteurisation définit le couple température/temps qui rend le produit sûr pour un format de bocal donné. On ne l'invente pas : il se calcule et se valide. En France, le CTCPA (Centre technique de la conservation des produits agricoles) est l'organisme de référence pour ce travail, et des laboratoires privés le font également. Comptez plusieurs centaines d'euros par recette et par format, davantage si des tests de pénétration de chaleur sont inclus. Chaque changement réel de recette ou de format demande une nouvelle validation.
  3. Vos tests de vieillissement justifient votre DDM. Conservez des échantillons, ouvrez-en à intervalles réguliers, mesurez le pH, goûtez, et faites une analyse microbiologique si le produit le demande — 80 à 200 € par produit et par série.
  4. Vous tenez des enregistrements par lot — pH, températures, durées, numéro de lot — et vous les conservez.

Voilà la bonne nouvelle, parce que cette liste effraie inutilement : il n'existe pas d'équivalent français de la « lettre d'autorisation » américaine à obtenir avant de vendre. Personne ne délivre d'agrément préalable pour une sauce piquante. C'est un régime de responsabilité de l'exploitant : vous devez pouvoir démontrer, à tout moment, que votre produit est sûr. C'est plus souple et plus exigeant à la fois.

Deux pièges spécifiques à cette catégorie :

La salsa en bocal n'est pas la salsa fraîche. Une salsa fraîche est un produit réfrigéré avec quelques jours de DLC. Une salsa en bocal stable à température ambiante est un produit acidifié qui demande une recette testée — les tomates varient énormément en acidité selon la variété et la maturité, ce qui explique pourquoi les recettes sérieuses imposent une quantité précise de jus de citron ou d'acide citrique.

L'ail ou les herbes dans l'huile, c'est non. L'huile crée l'environnement sans oxygène, l'ail et les herbes fraîches apportent les spores, et il n'y a pas d'acide pour les arrêter. Cette combinaison a provoqué de vrais cas de botulisme. Un condiment ail-huile stable à température ambiante n'est pas un produit de cuisine domestique, point final.

Ce que coûte la mise en conformité

Les chiffres aident plus que les avertissements. Fourchettes réalistes pour une production à domicile en France, en 2026.

Poste Coût courant
Immatriculation micro-entrepreneur (guichet unique INPI) Gratuit
Déclaration d'activité à la DDPP Gratuit
Formation hygiène HACCP 14 h 200 – 400 €
pH-mètre numérique et solutions tampon 100 – 300 €
Validation d'un barème thermique (par recette et format) Plusieurs centaines d'euros
Analyses microbiologiques ou pH en laboratoire (par produit) 80 – 200 €
Assurance responsabilité civile professionnelle 150 – 400 € / an
Étiquettes, première série d'impression 50 – 300 €
Bocaux et capsules, premier achat 150 – 400 €

Une activité de confitures peut être parfaitement en règle pour moins de 600 €. Une sauce piquante destinée à la revente nationale est un projet différent avec un budget différent — et le savoir dès le premier jour vaut beaucoup mieux que le découvrir après avoir imprimé 2 000 étiquettes.

L'étiquette fait partie de la réglementation

Sur un bocal, l'étiquette n'est pas de la communication. C'est le document que la DGCCRF contrôle.

Ce que le règlement INCO (UE) n° 1169/2011 impose sur presque chaque bocal :

  • La dénomination de vente — et si vous écrivez « confiture » ou « gelée », vous revendiquez la dénomination réglementée vue plus haut.
  • La liste des ingrédients par ordre décroissant de poids, sous-ingrédients compris (la pectine, l'acide citrique, ce qui se cache derrière « épices »).
  • Les allergènes mis en évidence — les 14 de l'annexe II. Pensez à la moutarde dans une saumure, au sésame dans un condiment pimenté, aux sulfites dans certains vinaigres et fruits secs, au céleri dans un chutney. Ce sont exactement les allergènes que les modèles d'étiquettes anglophones oublient, parce qu'ils ne figurent pas sur la liste américaine.
  • La quantité nette.
  • La DDM (« à consommer de préférence avant fin… ») pour un produit stable, ou la DLC pour un produit réfrigéré.
  • Les conditions de conservation, y compris « à conserver au réfrigérateur après ouverture ».
  • Le numéro de lot.
  • Le nom et l'adresse de l'exploitant.
  • La déclaration nutritionnelle, sauf exemption au titre de l'annexe V — notamment les denrées fabriquées de manière artisanale, en petites quantités, fournies directement au consommateur final ou à des commerces de détail locaux.
  • Pour les confitures : la teneur en fruits et la teneur totale en sucres pour 100 g.

Trois règles d'étiquetage qui mordent particulièrement dans cette catégorie :

« Sans sucres ajoutés » et « allégé en sucres » sont des allégations réglementées. Le règlement (CE) n° 1924/2006 définit précisément ces mentions, et une allégation nutritionnelle peut faire tomber votre exemption de déclaration nutritionnelle. Appelez-la « préparation de fruits » plutôt que « confiture allégée en sucre », sauf si vous êtes prêt à afficher le tableau.

Les allégations de santé sont un autre monde. « Anti-inflammatoire », « renforce l'immunité », « bon pour la digestion » : ces mentions font glisser votre bocal vers le régime du complément alimentaire ou du médicament. Ça n'en vaut pas la peine pour un pot de cornichons.

« Maison », « fermier », « bio » et « sans conservateur » ont tous des règles. « Bio » est une certification contrôlée, pas un adjectif. Et le vinaigre et le sel sont des conservateurs, donc « sans conservateur » sur un bocal de pickles est une invitation au contrôle.

Si vous prenez aussi des commandes via un lien de carte ou un menu QR code, la réponse allergène à l'écran doit correspondre exactement à l'étiquette sur le bocal. Deux réponses différentes à « il y a des fruits à coque ? », c'est une de trop — c'est le principe détaillé dans afficher les allergènes sur une carte digitale.

Où vous pouvez légalement vendre vos bocaux

C'est ici que la France se distingue le plus des guides américains. La réponse est presque toujours « oui ».

Canal Autorisé ?
Retrait chez vous Oui — c'est la remise directe
Marchés, foires, salons Oui, avec le droit de place et la carte de commerçant ambulant hors de votre commune
Livraison locale que vous assurez Oui
Votre boutique en ligne, partout en France Oui
Expédition dans un autre pays de l'UE Oui, avec l'étiquetage dans la langue de destination (et le guichet OSS au-delà de 10 000 € de ventes à distance)
Marketplaces Oui, sous réserve des règles de la plateforme
Épiceries fines, cavistes, magasins de producteurs Oui. Pour des produits végétaux, aucun agrément sanitaire n'est requis
Restaurants qui utilisent votre sauce Oui, même logique
Coffrets cadeaux et box par abonnement Oui

Regardez bien la ligne « épiceries fines ». Aux États-Unis, la vente à un revendeur est le mur infranchissable de la « cottage food law ». En France, pour des produits d'origine végétale — confitures, pickles, sauces, chutneys — il n'y a pas d'obligation d'agrément sanitaire, parce que l'agrément vise les établissements manipulant des produits d'origine animale. Si votre recette contient un ingrédient d'origine animale significatif (miel de fabrication propre mis à part, beurre, lait, gélatine, bouillon de viande), la question redevient pertinente : faites-la trancher par votre DDPP, par écrit.

Ce que vos clients professionnels vous demanderont en revanche : une attestation d'assurance RC professionnelle, une fiche technique produit avec les allergènes et la DDM, et des conditions générales de vente. Préparez-les avant le premier rendez-vous.

Les marchés méritent une note à part. Les bocaux s'y vendent remarquablement bien, et la dégustation y est pour beaucoup. Elle est autorisée, mais elle impose son propre niveau d'hygiène : produits protégés, cuillères à usage unique, poste de lavage des mains, maîtrise des températures. Le règlement du marché peut ajouter ses propres conditions. Si les marchés sont votre canal principal, vendre sur un marché détaille le côté stand.

Cinq façons de se mettre en faute sans le vouloir

Aucune ne vient de la négligence. Elles viennent toutes de la confiance.

1. Modifier une recette testée. Vous ajoutez une poignée d'ail, ou vous remplacez la moitié du vinaigre par du citron, ou vous doublez les piments parce que ce lot était doux. La recette n'est plus testée. Les données de sécurité appartenaient aux ratios d'origine, pas à votre version améliorée.

2. Multiplier une petite recette pour faire un gros lot. Les recettes de conserve ne s'échelonnent pas linéairement. Une grande marmite chauffe différemment, un produit plus épais chauffe différemment, et changer de taille de bocal change le barème. Doubler une série change le procédé — faites deux séries plutôt qu'une double.

3. Vendre en vrac « à la louche ». Servir de la confiture à la demande dans un contenant apporté par le client vous fait sortir du préemballé et entrer dans un autre régime d'information et d'hygiène. Ça se fait, mais pas par accident.

4. Réutiliser les capsules, ou se fier au « clac ». Un couvercle qui semble scellé n'est pas la preuve d'un procédé sûr. Utilisez des capsules neuves, vérifiez les scellages correctement, et ne re-traitez jamais un bocal qui n'a pas pris plusieurs jours après.

5. Vendre les bocaux de l'été dernier. Un produit acidifié est stable, pas immortel. La qualité baisse, la couleur tourne, un joint peut lâcher. Datez chaque bocal et arrêtez de vendre à un âge défini — la plupart des producteurs retiennent un an pour les confitures et les pickles.

Les registres qui vous gardent en règle

Pour les confitures et les pickles, c'est un cahier. Pour les sauces, c'est une obligation. Dans les deux cas, quatre choses doivent exister :

  1. Un registre de production — date, recette, taille du lot, nombre de bocaux, et un numéro de lot sur chaque bocal. Un numéro de lot permet de retirer un après-midi de production plutôt que tout votre stock.
  2. Les mesures de pH par lot, avec la date et l'étalonnage du pH-mètre.
  3. Une fiche ingrédients et allergènes par produit, identique mot pour mot à vos étiquettes.
  4. Vos ventes de l'année, parce que les plafonds de la micro-entreprise et les seuils de TVA se calculent sur le chiffre d'affaires encaissé, pas sur le bénéfice.

Rien de tout ça n'exige un logiciel. Ça exige de ne pas vivre dans sept applications de messagerie et une note sur son téléphone.

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Quand les bocaux dépassent votre cuisine — des comptes professionnels réguliers, un plafond fiscal que vous frôlez, un barème qui demande un autoclave — c'est le moment de regarder le passage à un laboratoire professionnel ou la transformation du produit en vraie marque. Toucher le plafond est un bon problème.

Questions fréquentes

Peut-on vendre légalement ses confitures maison ?

Oui. Le règlement (CE) n° 852/2004 autorise la production alimentaire dans un logement privé. Il faut immatriculer l'entreprise, déclarer l'activité à la DDPP, tenir un plan de maîtrise sanitaire, et respecter le décret confitures pour les dénominations et les teneurs en fruits — au moins 450 g de fruits par kilo pour une confiture, 500 g pour une confiture extra depuis le 14 juin 2026.

Peut-on vendre des pickles faits maison ?

Oui, à condition de maîtriser l'acidité. Le produit fini doit atteindre un pH d'équilibre de 4,6 ou moins, mesuré 24 heures après fabrication avec un pH-mètre étalonné, et la mesure doit être tracée. Les bandelettes ne conviennent pas pour un produit vendu. Utilisez un vinaigre du commerce dont vous connaissez le degré, et ne le coupez jamais.

Peut-on vendre une sauce piquante faite chez soi ?

Oui, mais c'est la catégorie la plus exigeante. Une sauce piquante est un produit acidifié : sa sécurité repose sur le pH et sur le traitement thermique. Vous devez pouvoir justifier les deux dans votre HACCP, et si vous stérilisez pour obtenir un produit stable à température ambiante, il vous faut un barème validé — le CTCPA et des laboratoires privés font ce travail, pour plusieurs centaines d'euros par recette et par format.

Quel pH mon produit doit-il atteindre ?

La ligne réglementaire est 4,6 ou moins, mesurée en pH d'équilibre une fois le bocal stabilisé, en général après 24 heures. La plupart des recettes professionnelles françaises visent 4,2 à 4,5 pour se donner une marge. Utilisez un pH-mètre numérique étalonné, pas des bandelettes.

Faut-il un laboratoire professionnel pour vendre confitures et pickles ?

Non. La production dans une cuisine domestique est explicitement autorisée par la réglementation européenne. Le laboratoire devient nécessaire quand votre volume dépasse votre cuisine, quand votre procédé demande un autoclave, ou quand votre statut fiscal change.

Peut-on expédier sa confiture ou sa sauce ailleurs en France ou en Europe ?

Oui. Contrairement aux États-Unis, il n'existe aucune interdiction d'expédier. Vous pouvez vendre partout en France, et dans l'Union européenne à condition d'étiqueter dans la langue du pays de destination. Au-delà de 10 000 € de ventes à distance dans l'UE, vous passez par le guichet unique OSS pour la TVA.

Qu'est-ce qu'un barème de stérilisation et qui le valide ?

C'est le couple température/durée qui rend votre produit sûr, pour une recette et un format de contenant donnés. On ne l'improvise pas : il se calcule à partir du pH, de la composition et de la pénétration de la chaleur. En France, le CTCPA est l'organisme technique de référence, et plusieurs laboratoires privés proposent la même prestation.

Peut-on vendre ses confitures à une épicerie ou un restaurant ?

Oui, et c'est une vraie différence avec les États-Unis. Pour des produits d'origine végétale, aucun agrément sanitaire n'est exigé pour vendre à un revendeur. Préparez une attestation de RC professionnelle, une fiche technique produit avec allergènes et DDM, et des conditions générales de vente.

Faut-il un tableau nutritionnel sur mes bocaux ?

Souvent non, à l'échelle d'une production artisanale : l'annexe V du règlement INCO prévoit une exemption pour les denrées fabriquées de manière artisanale, en petites quantités, fournies directement au consommateur ou à des commerces de détail locaux. Attention : une allégation nutritionnelle comme « sans sucres ajoutés » peut faire tomber cette exemption. Pour les confitures, la teneur en fruits et la teneur totale en sucres restent à indiquer.

Pourquoi ne peut-on pas vendre des haricots verts en bocal ou de l'ail dans l'huile ?

Les deux sont peu acides, donc au-dessus de pH 4,6, et les spores de Clostridium botulinum peuvent s'y développer dans un contenant fermé. Ils exigent une appertisation sous pression avec un barème validé, ce qu'une cuisine domestique ne peut pas fournir. L'ail dans l'huile est le plus dangereux des deux, parce que l'huile fournit l'absence d'oxygène sans aucun acide pour l'arrêter.


Toute cette catégorie revient à une seule habitude : connaissez votre nombre et écrivez-le. Partez d'une recette éprouvée, achetez un vrai pH-mètre, mesurez le bocal équilibré, notez la valeur avec un numéro de lot, et étiquetez selon les règles. Faites ça et la confiture est une activité que vous pouvez lancer ce mois-ci. Faites-le aussi pour vos sauces, et vous aurez déjà les enregistrements que l'étape suivante de votre entreprise vous réclamera. Passez vingt minutes aujourd'hui à appeler votre DDPP, et découvrez lequel de vos trois bocaux est déjà prêt à partir samedi.

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