Prix TTC ou HT sur la carte : les règles d'affichage au restaurant (2026)

Tabres Team
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Commençons par la version courte, parce qu'elle règle la moitié de la question : en France, vous n'avez pas le choix. Les prix affichés aux clients doivent être TTC, service compris, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'établissement. C'est l'arrêté du 27 mars 1987, pas une stratégie commerciale. Le débat « prix hors taxe sur la carte, taxe ajoutée à la caisse » que vous lisez dans les articles américains n'existe tout simplement pas ici.

La vraie question française est ailleurs, et elle coûte beaucoup plus cher quand on se trompe : quel taux de TVA s'applique à quoi, et comment le sortir correctement d'un prix TTC ? Un plat à 15 € ne contient pas 1,50 € de TVA à 10 %. Il en contient 1,36 €. Cet écart de 14 centimes, multiplié par une année de service, dépasse 8 000 €.

Voyons donc ce que la loi impose exactement en 2026, quels taux appliquer par canal de vente, et le calcul qui fait discrètement perdre de l'argent aux exploitants.

Prix TTC ou prix HT : la différence en 30 secondes

Le prix hors taxe (HT) est le prix avant TVA. C'est votre prix de gestion : celui sur lequel se calculent votre marge, votre ratio matière et votre chiffre d'affaires réel.

Le prix TTC est le prix final, TVA incluse. C'est le seul prix que le client a le droit de voir en France. Il lit 15,00 €, il paie 15,00 €, et il n'a jamais à faire un calcul.

Même repas, même TVA due au Trésor public, mais deux usages complètement différents : le TTC pour le client, le HT pour vous. Confondre les deux est l'erreur la plus fréquente en gestion de restaurant.

Les règles pays par pays (utile si vous lisez des conseils étrangers)

Beaucoup de contenus sur la tarification viennent des États-Unis, où la logique est inversée. Voici où en sont les principaux marchés en 2026 :

Où vous exploitez Ce que la loi impose
France Prix TTC service compris, affichés à l'extérieur et à l'intérieur (arrêté du 27 mars 1987). Aucune option.
Union européenne Les prix destinés aux consommateurs incluent la TVA et toutes les autres taxes (directive 98/6/CE).
Royaume-Uni Prix consommateurs TVA comprise. Même règle, même résultat.
Australie / Nouvelle-Zélande Affichage GST incluse obligatoire pour les consommateurs.
Japon Affichage du prix total taxes comprises obligatoire depuis avril 2021.
Émirats arabes unis / Arabie saoudite Les prix affichés doivent inclure la TVA.
États-Unis La taxe de vente s'ajoute à la caisse par défaut. Quelques États autorisent le prix taxe incluse avec une mention affichée.
Canada Ajoutée à la caisse, comme aux États-Unis.

Deux enseignements. D'abord, l'habitude nord-américaine du prix hors taxe est une exception mondiale, pas une norme. Ensuite, si vous vous inspirez d'un article américain sur la tarification, la partie « faut-il inclure la taxe » ne vous concerne pas — mais la partie sur la psychologie des prix, si.

Ce que la loi française impose exactement

Trois obligations reviennent à chaque contrôle de la DGCCRF, et elles sont simples à respecter :

  • Prix TTC service compris. La mention « service compris » ou « prix nets » figure sur la carte. Ajouter un pourcentage de service en plus du prix affiché n'est pas autorisé.
  • Affichage extérieur. La carte, ou au minimum les prix des prestations proposées, doit être lisible depuis l'extérieur. Un QR code sur la vitrine ne remplace pas cet affichage : le client doit voir les prix avant d'entrer.
  • Les suppléments portent aussi leur prix. Un supplément de sauce, une double portion de frites, un accompagnement en option : chaque ligne facturable doit être affichée avec son tarif. C'est ce qui interdit la mécanique du supplément « surprise » découvert sur l'addition.

Pour les boissons, il faut également indiquer la contenance à côté du prix. Et côté document remis au client : la note est obligatoire dès 25 € TTC (arrêté n° 83-50/A), en double exemplaire, conservée et classée par date. Depuis le 1er août 2023 (loi AGEC), l'impression automatique du ticket de caisse n'est en revanche plus obligatoire — le client le demande s'il le souhaite. Le détail est dans notre point sur la note et le ticket de caisse.

Les taux de TVA qui s'appliquent vraiment à un restaurant

C'est ici que se joue l'argent, et c'est ici que la plupart des cartes se trompent. Le critère français n'est pas « sur place ou à emporter ». C'est consommation immédiate ou conservation différée.

  • 10 % — restauration sur place, et aussi la vente à emporter ou livrée d'un produit destiné à être consommé immédiatement : sandwich, plat chaud, salade en barquette, pizza à emporter.
  • 5,5 % — les produits conditionnés pour être conservés : conserves, bocaux, produits sous vide, pain, viennoiseries vendues à emporter, plats surgelés.
  • 20 %toutes les boissons alcoolisées, quel que soit le canal, sur place comme à emporter.

Trois conséquences pratiques :

  1. Un seul ticket peut porter trois taux. Un menu avec un plat, un verre de vin et un pot de confiture à emporter : 10 %, 20 % et 5,5 % sur la même addition.
  2. Un menu composé doit être ventilé. Si votre formule inclut une boisson alcoolisée, la part correspondante relève du taux à 20 %. Une répartition forfaitaire, cohérente et justifiable, est acceptée — mais elle doit exister.
  3. Les frais de livraison suivent la prestation principale. Ils ne sont pas un service distinct à 20 % par défaut.

Votre logiciel de caisse certifié doit gérer tout cela par produit, sinon votre déclaration de TVA sera fausse dès le premier mois. Le détail par canal est développé dans la TVA sur place, à emporter et en livraison.

Un cas particulier utile : si vous relevez de la franchise en base de TVA, vous ne facturez pas de TVA du tout et vos prix portent la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Les seuils de cette franchise ont bougé plusieurs fois récemment — le seuil unique à 25 000 € annoncé fin 2024 a été suspendu. Ne bâtissez pas votre politique de prix dessus sans confirmation de votre SIE ou de votre comptable.

Quand le prix TTC vous aide vraiment

Puisque le TTC est obligatoire, autant s'en servir. Il devient un atout dans quatre situations :

1. Le bar et le comptoir à fort volume. Une bière à 6 € qui reste 6 € vaut de l'argent un vendredi soir. Pas de monnaie à chercher, pas de « ça fera 6,47 € ». Le barman sert plus vite et la caisse tombe juste.

2. Les food trucks, festivals et événements. Les prix ronds sont l'essentiel du jeu quand vous servez 400 personnes en deux heures. L'espèce se rend proprement et le paiement sans contact va plus vite.

3. Les formules, la privatisation et le traiteur. Quand vous annoncez 45 € par personne, le client entend 45 €. Un devis TTC, avec la ventilation des taux en annexe, vous fait passer pour quelqu'un d'organisé — et évite la discussion pénible à la facture.

4. La clientèle touristique. Un visiteur américain a l'habitude d'un prix qui augmente à la caisse et d'un pourboire obligatoire. Votre prix français, TTC service compris, est un argument : dites-le clairement sur la carte, en plusieurs langues si besoin. C'est la même logique que les cartes QR multilingues pour les touristes : allez chercher le client là où sont ses réflexes.

Ne perdez jamais le prix HT de vue

Le TTC est pour la salle. Le HT reste votre outil de pilotage, et c'est là que beaucoup d'exploitants se font piéger.

  • Le ratio matière se calcule sur le chiffre d'affaires HT. Le calculer sur le TTC embellit votre ratio d'environ 3 points et vous fait croire que tout va bien. Si vos chiffres sont flous, refaites une fois le coût matière par assiette proprement.
  • La comparaison entre canaux exige le HT. Un plat à 10 % et une bouteille à 20 % ne se comparent pas en TTC.
  • Les plateformes de livraison raisonnent en TTC client. Votre chiffre d'affaires est le prix TTC payé par le client, pas le montant net que la plateforme vous verse. La commission (25 à 30 % HT chez Uber Eats ou Deliveroo) est une charge séparée, avec une TVA à 20 % récupérable. Ne comptabiliser que le net reçu, c'est sous-déclarer votre chiffre d'affaires — une erreur classique et coûteuse.
  • Les prix psychologiques marchent toujours. 14,90 € reste plus efficace que 15,12 €. La différence avec les États-Unis, c'est que chez nous, c'est le prix final que vous arrondissez — ce qui est bien plus simple.

Le virage 2026 : le prix final affiché devient la norme partout

Une tendance mérite votre attention, même si la France est déjà en avance. Les régulateurs, des deux côtés de l'Atlantique, attaquent les montants qui apparaissent au dernier moment.

  • Aux États-Unis, la règle de la FTC sur les frais cachés est entrée en vigueur le 12 mai 2025, mais elle ne couvre que la billetterie et l'hébergement de courte durée. La restauration en a été exclue.
  • Plusieurs États américains ont légiféré séparément : le Minnesota depuis le 1er janvier 2025, la Californie depuis le 1er juillet 2024, le Colorado depuis le 1er janvier 2026, et la Floride depuis le 1er juillet 2026, avec l'obligation d'afficher tout « frais d'exploitation » dans une taille de police au moins égale à celle des descriptions de plats.
  • En France, ce débat est réglé depuis 1987. Vos seuls points de vigilance sont l'affichage extérieur, les suppléments tarifés et la cohérence entre la carte, votre site, votre QR code et l'addition.

L'idée de fond, partout : le chiffre que le client voit doit être le plus proche possible du chiffre qu'il paie. Vous avez déjà cet avantage. Utilisez-le comme argument plutôt que comme contrainte.

L'erreur de calcul qui coûte vraiment de l'argent

C'est la partie à lire deux fois. Sortir la TVA d'un prix TTC, ça se divise. Beaucoup de gens multiplient.

Faux : 15,00 € × 10 % = 1,50 € de TVA. Juste : 15,00 € ÷ 1,10 = 13,64 € HT. TVA = 1,36 €.

La formule :

TVA = prix TTC × taux ÷ (1 + taux)

Ces 14 centimes d'écart semblent dérisoires. Multipliez-les par 200 plats par jour et 300 jours d'ouverture : vous êtes à plus de 8 000 € par an de TVA mal calculée. Sur une TVA à 20 %, l'écart se creuse encore : 6,00 € TTC de bière contiennent 1,00 € de TVA, pas 1,20 €.

La même logique s'applique dans l'autre sens quand vous fixez un prix. Pour arriver à 15 € TTC à 10 %, votre prix HT est de 13,64 €, pas 13,50 €. Sur une carte de 60 références, la dérive devient réelle.

Comment répercuter un changement de taux sans perdre de marge

Quand un taux bouge, ou quand vous ouvrez un nouveau canal de vente, procédez dans cet ordre :

  1. Classez vos produits par taux. Sur place, à emporter à consommation immédiate, produits conditionnés, alcool. Un taux unique sur toute la carte casse silencieusement vos chiffres.
  2. Sortez la TVA correctement. Formule ci-dessus, taux par taux. Jamais une moyenne.
  3. Repricez vers des prix propres, ne convertissez pas mécaniquement. 13,64 € HT devient 15,00 € TTC. Ne mettez jamais 15,02 € sur une carte. Choisissez entre 14,90 € (vous absorbez) et 15,50 € (vous gagnez). C'est le bon moment pour passer une vraie session d'ingénierie de la carte et repricer avec intention, pas avec une calculatrice.
  4. Vérifiez que votre caisse suit. Tous les logiciels ne gèrent pas un taux par produit, et certains arrondissent à la ligne au lieu d'arrondir à la commande — ce qui dérive de quelques centimes sur chaque ticket. Testez avec une commande de six articles mixtes avant de valider.
  5. Ne touchez pas aux plateformes sans vérifier. Les marketplaces appliquent leurs propres règles de calcul sur le prix que vous chargez. Vérifiez le paramétrage des taux dans votre back-office plutôt que de supposer.
  6. Pensez au coût de réimpression. Chaque changement de taux rend toute votre carte papier fausse. C'est l'argument le plus concret en faveur d'une carte digitale, et il se chiffre : voici ce que les réimpressions coûtent réellement sur une année.

Note pratique sur le point 4 : c'est exactement là qu'une carte digitale devient utile. Dans Tabres, la TVA se paramètre par établissement, avec une option « inclure dans le prix affiché », ce qui permet de gérer plusieurs points de vente sans maintenir deux cartes. C'est gratuit, moteur de TVA compris — voici pourquoi. Quel que soit votre outil, l'exigence reste la même : des taux par établissement, des classes par catégorie de produit, et un affichage TTC impeccable.

Le prix TTC nuit-il aux pourboires ?

C'est une inquiétude américaine, pas française — et la réponse mérite d'être claire.

Aux États-Unis, le pourboire se calcule sur le sous-total hors taxe, et un prix taxe incluse peut brouiller le calcul du client. En France, le service est compris dans le prix par la loi. Le pourboire est un bonus libre, généralement quelques euros ou un arrondi, jamais un pourcentage imposé.

Le vrai sujet français est ailleurs : si votre terminal de paiement propose un pourboire, assurez-vous que la note remise au client distingue bien sous-total, TVA et total, et que le pourboire apparaît en ligne séparée. C'est ce qui évite les contestations et les écarts d'encaissement. Et si votre équipe se bat chaque soir avec les additions partagées, voici comment gérer proprement le partage d'addition.

Questions fréquentes

Peut-on afficher des prix hors taxe sur une carte en France ? Non, pas pour des clients particuliers. L'affichage doit être TTC service compris. Le HT reste utilisé en interne, sur les devis B2B et sur les factures entre professionnels.

Comment calculer la TVA contenue dans un prix TTC ? On divise, on ne multiplie pas. TVA = prix TTC × taux ÷ (1 + taux). Un plat à 15,00 € à 10 % contient 1,36 € de TVA, pas 1,50 €.

Quel taux pour un plat à emporter ? 10 % s'il est destiné à être consommé immédiatement, 5,5 % s'il est conditionné pour être conservé. Le critère est la conservation, pas le lieu de consommation.

Faut-il réimprimer la carte quand la TVA change ? Oui, puisque tous vos prix affichés sont TTC. C'est l'argument pratique le plus fort en faveur d'une carte digitale — un changement de taux se répercute en une manipulation au lieu d'une réimpression complète.

Et sur les plateformes de livraison ? Vos prix y sont aussi TTC. Attention en revanche à la comptabilisation : votre chiffre d'affaires est le prix payé par le client, et la commission de la plateforme est une charge distincte avec sa propre TVA récupérable.

Peut-on ajouter un pourcentage de service en plus du prix affiché ? Non. Le prix affiché est service compris. Les frais obligatoires ajoutés après coup posent un problème d'affichage des prix, et la DGCCRF les sanctionne comme pratique commerciale trompeuse.


En France, la question « TTC ou HT sur la carte » est réglée par la loi, et c'est une bonne nouvelle : vous n'avez pas à arbitrer entre clarté et comparabilité. Le client voit le vrai prix, et vous vendez de la confiance sans effort.

Ce qui reste entre vos mains, c'est le reste : le bon taux sur le bon produit, la ventilation des formules, l'affichage extérieur, et un calcul de TVA fait dans le bon sens. Un client pardonne beaucoup plus facilement un prix élevé qu'un prix qui change entre la carte et l'addition.

Et quel que soit le sens du calcul : on divise, on ne multiplie pas.

Les taux de TVA, les seuils de franchise et les règles d'affichage évoluent. Confirmez vos obligations en vigueur auprès de votre service des impôts des entreprises (SIE) ou de votre expert-comptable avant de modifier vos prix.

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