Le vrai calcul de la livraison par plateforme : ce que coûte vraiment une commission (2026)

Tabres Team
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Un restaurant qui fait 15 000 € par mois sur les plateformes de livraison verse environ 65 000 € par an en commissions et emballages. C'est, à peu de chose près, le bénéfice annuel d'un restaurant indépendant qui marche bien.

Réponse courte : en France, les plateformes prélèvent 25 à 30 % HT de la valeur de la commande quand elles assurent la livraison. En ajoutant les emballages, les remboursements clients et les promotions, le coût réel monte souvent à 35 à 42 %. Pour que ça tienne, il faut majorer vos prix de 15 à 25 % sur les applications, refuser les promotions financées par vous, ne pas embaucher pour la livraison, et considérer les plateformes comme un canal d'acquisition — pas comme votre chiffre d'affaires principal.

Voici le calcul complet, en euros, sans arrondi arrangeant.

Le calcul par commande : le vrai coût d'un burger à 15 €

Quand une plateforme annonce 30 % de commission, ce n'est que le point de départ. Reprenons une commande de 15 € TTC, avec un ratio matière de 30 %.

  • Prix affiché sur l'application : 15,00 € TTC
  • Chiffre d'affaires HT (TVA 10 %) : 13,64 €
  • Commission plateforme (30 %) : 4,50 € HT
  • Emballage livraison : 1,10 € (boîte étanche, sac, couverts, sachet scellé)
  • Risque de remboursement (environ 2 %) : 0,30 €
  • Coût matière (30 % du HT) : 4,09 €

Il vous reste 3,65 € pour payer la cuisine, le loyer, l'énergie, les charges sociales et vous. Sur une commande de 15 €. Autrement dit, vous encaissez du volume et vous ne gardez presque rien.

Bonne nouvelle par rapport aux guides américains : en France, les frais de traitement carte sont inclus dans la commission. N'allez pas les compter deux fois. Mauvaise nouvelle : la commission, elle, est bien plus élevée que ce que paient les restaurants qui livrent eux-mêmes.

L'hémorragie annuelle : à quoi ressemblent 15 000 € par mois

Sur le papier, 15 000 € de livraison par mois, c'est un succès. 180 000 € de chiffre d'affaires TTC à l'année. Voyons ce qu'il en reste.

  • Ventes livraison TTC : 180 000 €
  • Commissions plateformes (30 %) : 54 000 €
  • Emballages (environ 1,10 € × 7 200 commandes) : 7 900 €
  • Remboursements et litiges (2 %) : 3 600 €

Soit environ 65 500 € par an partis en commissions et consommables. Dans un secteur où la marge nette d'un restaurant indépendant tourne souvent entre 2 et 8 %, cette somme représente la totalité de ce que vous auriez pu gagner. Vous travaillez 70 heures par semaine pour enrichir une application.

Notez aussi la TVA : la commission est un service taxé à 20 %, que vous récupérez si vous êtes assujetti. Le coût réel, c'est donc bien le montant HT de la commission — mais attention à ne pas confondre avec le point comptable suivant, qui piège beaucoup de restaurateurs.

L'erreur comptable qui coûte cher

Sur la plupart des plateformes, vous êtes payé net de commission. Beaucoup de restaurateurs enregistrent alors ce virement comme leur chiffre d'affaires. C'est faux.

Votre chiffre d'affaires, c'est le prix payé par le client, TVA à 10 % sur la nourriture. La commission est une charge distincte, avec sa propre TVA à 20 % récupérable. Enregistrer le net, c'est sous-déclarer votre CA, fausser votre TVA collectée et perdre la TVA déductible sur la commission.

Les frais de livraison suivent le sort de la prestation principale — donc 10 % quand ils accompagnent des plats à consommation immédiate. Et l'alcool reste à 20 %, toujours. Demandez à votre expert-comptable de vérifier le paramétrage de vos journaux de vente plateforme : c'est une heure de travail qui évite un redressement.

Les pratiques dont on ne parle pas

La commission n'est pas le seul problème.

  • Le remboursement immédiat, sans preuve. Les plateformes privilégient la satisfaction client. Un client déclare un article manquant ou un plat froid ? Il est remboursé instantanément, avec votre argent. Vos contestations aboutissent rarement.
  • La visibilité qui se paie. Sans publicité sponsorisée ni promotion, votre établissement descend dans la liste. Le classement n'est pas neutre : il se loue.
  • Les zones de livraison trop larges. Un livreur part à 25 minutes de chez vous. Les frites arrivent molles, le client met une étoile sur Google, la plateforme rembourse. Vous perdez la marge et la réputation.
  • Les fiches créées sans votre accord. Il est arrivé que des plateformes référencent des restaurants sans contrat, avec des prix obsolètes récupérés sur leur site. Si cela vous arrive, mettez-les en demeure par écrit : l'utilisation de votre nom commercial et de votre carte sans autorisation n'a rien d'anodin.

Un mot sur le contexte : le statut des livreurs indépendants reste un sujet sensible en France et en Europe, avec une directive européenne sur le travail via les plateformes en cours de transposition. Ce n'est pas votre responsabilité juridique de restaurateur, mais c'est un sujet dont vos clients parlent — et un argument de plus pour développer un canal direct.

Comment rendre la livraison rentable

Vous n'êtes pas obligé de tout refuser. Beaucoup de clients ne sortiront pas de chez eux, et s'ils ne vous trouvent pas sur l'application, ils commanderont chez le voisin. Il faut simplement jouer selon vos règles.

  • Majorez vos prix sur les applications. 15 à 25 % au-dessus de votre carte sur place. Les clients acceptent de payer le confort. Vérifiez seulement votre contrat : certaines plateformes imposent des clauses de parité tarifaire, et l'affichage doit rester clair côté client.
  • Refusez les promotions que vous financez. « 5 € offerts dès 20 € », livraison gratuite, deux pour un : vous donnez déjà 30 %, n'ajoutez pas 20 % par-dessus.
  • Adaptez la carte à la livraison. Retirez les plats qui voyagent mal (frites, fritures, tout ce qui rend de l'eau). Poussez ceux dont la marge supporte la commission : pâtes, currys, plats mijotés, bowls.
  • Ne recrutez pas pour la livraison. Si votre équipe existante ne peut pas absorber le volume pendant son service, la livraison ne sera pas rentable.
  • Fermez la livraison quand ça ne sert à rien. Les horaires de livraison n'ont aucune raison de coller à ceux de la salle : c'est le sujet de notre article sur pourquoi les horaires de livraison ne doivent pas suivre ceux de la salle.
  • Scellez vos sacs. Une étiquette inviolable sur chaque commande réduit nettement les réclamations pour articles manquants — et vous donne un argument en cas de litige.

Faire revenir le client en direct

C'est là que se gagne la partie. Un client qui commande sur votre site vous coûte 1,7 à 2 % de commission bancaire au lieu de 30 %.

  • Un flyer ou un QR code dans chaque sac, avec une remise de 10 % sur la prochaine commande en direct.
  • Une page de commande sur votre propre site, avec paiement en ligne et retrait au comptoir.
  • Le click and collect, qui supprime le livreur et une bonne partie de la commission.
  • Votre fiche Google à jour, avec un lien de commande directe : beaucoup de clients passent par Maps avant d'ouvrir une application.

Notre guide sur mettre en place la livraison directe sans passer par les plateformes détaille le montage, et celui sur fixer ses frais de livraison, minimums de commande et zones donne les paramètres à choisir.


Les plateformes de livraison sont d'excellents outils de découverte et de très mauvais associés. Traitez-les comme un panneau publicitaire qui vous amène de nouveaux clients, jamais comme la colonne vertébrale de votre modèle. Majorez vos prix, scellez vos sacs, retirez les plats qui voyagent mal, et mettez un QR code dans chaque commande. La marge que vous récupérerez en douze mois, personne ne vous la donnera.

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