Frais de livraison, montant minimum et zones : le calcul qui rend la livraison rentable (2026)

Tabres Team
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La plupart des restaurants fixent leurs frais de livraison en recopiant ceux de la pizzeria d'en face. C'est comme ça qu'on finit par dépenser 12 € pour envoyer 18 € de nourriture, et appeler ça de la croissance.

Réponse courte : commencez par calculer votre coût par course, tout le reste en découle. Additionnez le temps du livreur, les kilomètres, l'emballage et le risque de remboursement — la plupart des indépendants tombent entre 10 et 13 € par livraison. Facturez des frais qui couvrent 40 à 60 % de ce coût (en général 2,50 à 4,90 €), fixez votre montant minimum avec la formule (coût par course − frais + marge visée) ÷ taux de marge brute, et tracez vos zones au temps de trajet, pas au kilomètre. Trois zones, chacune avec ses frais et son minimum. Rien au-delà de 20 minutes porte à porte.

Ces trois chiffres — frais, minimum, zone — c'est tout le sujet. Bien réglés, la livraison se paie elle-même et rapporte. Mal réglés, vous tenez un service de coursier qui offre à manger.

Commencez par un seul chiffre : votre coût par course

Vous ne pouvez pas tarifer la livraison tant que vous ne savez pas ce qu'une livraison vous coûte. Pas le chiffre de la plateforme. Le vôtre.

Le coût par course, c'est tout ce que la livraison ajoute et que la vente sur place n'a pas. Voici à quoi ça ressemble pour un indépendant français en 2026.

Avec votre propre livreur :

  • Temps du livreur — 20 minutes aller-retour à 17 €/h chargé (salaire + charges patronales) : 5,70 €
  • Kilomètres — 8 km aller-retour à environ 0,55 €/km : 4,40 €
  • Emballage — barquette ventilée, sac, opercule, couverts : 1,60 €
  • Risque de remboursement et de refonte — environ 2 % d'une commande à 32 € : 0,60 €
  • Coût par course : environ 12,30 €

Avec un coursier à la demande :

  • Prestation coursier, forfait par course : 7,50 €
  • Emballage : 1,60 €
  • Risque de remboursement : 0,60 €
  • Coût par course : environ 9,70 €

Deux vérifications avant de recopier ces chiffres. Regardez le barème kilométrique publié chaque année par l'administration fiscale — il change tous les ans et c'est la façon la plus propre de valoriser l'usure, le carburant et l'assurance en une seule ligne. Et chronométrez un vrai aller-retour un vendredi à 19 h, pas un mardi à 10 h. Le stationnement, l'ascenseur et un digicode qui ne répond pas ajoutent cinq minutes chacun, à chaque fois.

Écrivez votre chiffre au mur. Tout ce qui suit en découle.

Combien facturer la livraison ?

La règle honnête : vos frais doivent couvrir 40 à 60 % de votre coût par course. Le reste vient de la marge sur un panier plus gros.

Pourquoi pas 100 % ? Parce que des frais de livraison à 12 € ne se vendent pas. Les clients français sont habitués à voir 2,50 à 4,90 €, et tout ce qui dépasse nettement est lu comme une punition. Vous ne cherchez pas à rentrer dans vos frais sur la ligne « livraison » — vous cherchez à ce que cette ligne cesse d'être un cadeau.

Donc avec un coût par course de 12,30 €, facturez 3,90 €. Vous absorbez 8,40 €, et c'est à la commande de les faire revenir. Ce qu'elle fait sans difficulté, à condition d'être assez grosse. C'est exactement à ça que sert le montant minimum.

Quelques points qui font réellement bouger le chiffre :

  • La livraison offerte est une remise que vous avez oublié de nommer. Si vous ne donneriez jamais 4 € de remise à un client, ne lui offrez pas 4 € de trajet.
  • Tarifez les frais, pas seulement la carte — mais un peu quand même. Une majoration de 10 à 15 % sur les prix des plats livrés est courante et acceptée. En revanche, cacher tout le coût de la course dans les prix rend votre carte plus chère que celle de votre salle, et les clients comparent.
  • Affichez le prix tout compris, dès le début. Le code de la consommation impose une information précontractuelle claire sur le prix total, frais compris, avant que le client s'engage. Au-delà de l'obligation, des frais découverts au dernier écran sont la première cause de panier abandonné. Mettez-les sur la page de la carte.
  • N'empilez pas les frais. Frais de livraison + frais de service + frais de petite commande + frais de sac, c'est comme ça qu'on récolte un avis une étoile sur un plat à 9 €. Choisissez-en un.

La formule du montant minimum

C'est le levier qui fait le plus peur aux restaurateurs, et c'est celui qui paie le mieux.

Montant minimum = (Coût par course − Frais de livraison + Marge visée par course) ÷ Taux de marge brute

Déroulons. Coût par course 12,30 €. Frais 3,90 €. Vous voulez que chaque livraison laisse au moins 6 € de marge brute après s'être payée. Votre ratio matière est de 30 %, donc votre marge brute est de 70 %.

(12,30 € − 3,90 € + 6,00 €) ÷ 0,70 = 14,40 € ÷ 0,70 = 20,57 €

Arrondissez à 20 €, ou à 25 € si vous aimez les chiffres propres. C'est votre plancher. En dessous, vous travaillez par plaisir.

Puis faites le test de cohérence : un minimum de livraison devrait tourner autour de 1,5 fois votre ticket moyen en salle. Si votre ticket moyen par addition est de 22 €, ça pointe vers 33 € — bien au-dessus du plancher de la formule.

Quand les deux résultats divergent, ne coupez pas la poire en deux en espérant. Partez du plancher, puis montez le minimum de 5 € en 5 €, et regardez ce qui arrive à votre marge par course. La plupart des cuisines découvrent qu'elles peuvent monter deux crans plus haut qu'elles ne le craignaient avant que le nombre de commandes ne souffre vraiment.

Deux détails qui comptent plus qu'ils ne devraient :

  • Appliquez le minimum au sous-total des plats, avant frais et pourboire éventuel. Sinon un client atteint 25 € avec 4 € de frais et 21 € de nourriture, et vous êtes revenu au point de départ.
  • Affichez le minimum sur la page de la carte, pas au moment de payer. Personne n'aime construire un panier pour découvrir la règle à la fin.

Les zones de livraison : arrêtez de tracer des cercles

Un cercle sur une carte n'est pas une zone de livraison. C'est un vœu.

La nourriture chaude a une seule limite honnête : 20 minutes, porte à porte. Au-delà, les frites ramollissent, la sauce se sépare, et le client accuse votre cuisine, pas votre distance. Les zones se tracent donc au temps de trajet à votre heure de pointe, puis s'ajustent au monde réel.

Voici le modèle à trois zones qui fonctionne pour la plupart des indépendants :

Zone Temps de trajet aller Distance urbaine typique Frais Montant minimum
A — cœur moins de 8 minutes 0 à 1,5 km 2,50 € 18 €
B — standard 8 à 15 minutes 1,5 à 4 km 3,90 € 28 €
C — périphérie 15 à 20 minutes 4 à 7 km 5,90 € 40 €, ou coursier uniquement
Au-delà plus de 20 minutes pas de livraison retrait seulement

Regardez ce que ça produit. Ça ne fait pas que facturer plus loin — ça fait monter le minimum avec la distance, pour que les commandes lointaines méritent le déplacement. Une commande de 18 € à 5 km est une perte. Une commande de 40 € à 5 km est une bonne soirée.

Découpez vos zones sur des obstacles réels, pas sur des rayons :

  • Fleuves, voies rapides et voies ferrées avec un seul point de franchissement
  • Sens uniques qui transforment 400 mètres en boucle de 12 minutes
  • Grands parcs, campus et zones industrielles sans traversée
  • Résidences fermées et tours où le livreur attend 8 minutes dans un hall
  • Zones d'activité après 19 h — il n'y a plus personne et l'entrée est fermée

Utilisez les quartiers ou les codes postaux quand vous le pouvez. Un rayon coupe des rues en deux, et un client à deux portes de quelqu'un qui est livré ne l'est pas. Un nom de quartier est plus facile à expliquer par votre équipe et plus facile à accepter par le client.

Rétrécissez au coup de feu, élargissez quand c'est calme. La zone C un mardi mort, c'est de l'argent gratuit. La zone C un vendredi à 20 h, quand la ligne est ensevelie, c'est une pizza froide et un remboursement. Beaucoup de cuisines coupent désormais la zone C pendant le rush, et donnent à la livraison des horaires distincts de ceux de la salle.

La plupart des plateformes gratuites permettent de régler la distance maximale de livraison, le montant minimum et les frais par établissement, pour que la règle vive dans le système plutôt que dans la tête d'un serveur. Tabres le fait au niveau de l'établissement, par exemple, avec des horaires de livraison séparés.

Quand la livraison offerte rapporte vraiment

La livraison offerte au-dessus d'un seuil est l'un des meilleurs outils de montée de panier de la restauration — et l'une des façons les plus rapides de perdre de l'argent quand le seuil est fixé à l'intuition.

Le calcul : renoncer à 3,90 € de frais avec 70 % de marge brute impose au panier de grossir de 3,90 € ÷ 0,70 = environ 5,60 € rien que pour être à l'équilibre. Mais voici ce que personne ne compte : la plupart des commandes qui franchissent le seuil l'auraient franchi de toute façon. Vous payez pour un comportement que vous aviez déjà.

Fixez donc le seuil 40 à 60 % au-dessus de votre panier moyen en livraison actuel.

Si votre panier moyen en livraison est de 32 €, mettez la livraison offerte à 48 €, pas à 38 €. Assez haut pour qu'il faille s'étirer, assez proche pour que s'étirer paraisse faisable. Puis surveillez votre panier moyen pendant un mois. S'il n'a presque pas bougé, votre seuil était trop bas et vous venez d'offrir des frais.

Et gardez la livraison offerte à l'intérieur de la zone A. Offrir le trajet jusqu'au bord de la carte est le moyen le plus rapide de rendre vos pires commandes les plus populaires.

Où l'argent fuit discrètement

Quatre fuites apparaissent dans presque toutes les organisations de livraison :

  1. L'emballage est sous-estimé. Les restaurateurs estiment 0,70 € et le vrai chiffre est de 1,60 à 2,50 € une fois comptés la barquette ventilée, le sac, l'opercule d'inviolabilité, les couverts et les pots de sauce. Comptez-le sérieusement sur vos trois meilleures ventes en livraison et utilisez ce chiffre. Depuis 2023, les couverts et contenants jetables ne sont plus une évidence pour tout le monde : vérifiez aussi vos obligations en matière d'emballages réutilisables et de contribution à l'éco-organisme.
  2. La commission carte sur les frais. En France, les plafonds européens sur les commissions d'interchange vous placent en général autour de 1,5 à 2 % en encaissement à distance — bien mieux qu'ailleurs, mais ça s'applique aussi aux frais de livraison que vous venez de facturer. Méfiez-vous surtout des offres à frais fixes par transaction : sur un panier de 22 €, un « 1,4 % + 0,25 € » revient à 2,5 %, et sur un petit panier c'est bien pire.
  3. La TVA sur les frais de livraison. Piège franco-français, et il coûte cher. Les frais de livraison ne sont pas un service taxé à 20 % : ils suivent en principe le régime de la prestation principale. Un repas livré à consommation immédiate est à 10 %, un produit conditionné destiné à être conservé à 5,5 %, l'alcool à 20 % — et un seul ticket peut porter trois taux, ce qui rend la ventilation des frais délicate. On a détaillé le raisonnement dans la TVA sur place, à emporter et en livraison. Faites valider votre paramétrage par votre expert-comptable.
  4. Compter sur les pourboires. En France le service est compris dans les prix affichés, et le pourboire en livraison reste marginal. Construisez votre coût par course en supposant zéro pourboire, et traitez ce qui arrive comme un bonus pour le livreur.

Un vrai avant-après

Une pizzeria à 30 commandes en livraison par jour. Frais fixes de 2,50 €, minimum de 12 €, un seul cercle de 6 km sur la carte. Panier moyen en livraison : 26 €.

Avant. Marge brute à 70 % : 18,20 € par commande. Coût par course moyen 12,30 €, dont 2,50 € couverts par les frais, donc la livraison coûte 9,80 € net. Contribution par commande : 8,40 €. Sur 30 commandes par jour, environ 7 560 € par mois.

Après. Ils découpent la carte en trois zones, montent le minimum à 22 € et étagent les frais. Les commandes baissent de 15 %, à 26 par jour. Mais le panier moyen grimpe à 33 €, les frais encaissés moyens montent à 3,70 €, et la zone cœur plus serrée fait tomber le coût par course moyen à 10,60 €.

Nouvelle contribution par commande : 23,10 € − (10,60 € − 3,70 €) = 16,20 €. Sur 26 commandes par jour, environ 12 640 € par mois.

Soit environ 5 000 € de plus chaque mois, avec quatre commandes de moins par jour. Même cuisine, même équipe, même nourriture. Juste trois chiffres fixés volontairement plutôt que par habitude.

C'est la partie la plus difficile à avaler pour un restaurateur : moins de commandes en livraison est souvent la bonne réponse. Le volume ressemble à de la réussite. C'est la contribution par course qui paie le loyer.

Comment changer ses tarifs sans perdre ses clients

  • Changez une chose à la fois. Montez le minimum, ou étagez les frais, ou redessinez les zones — pas les trois la même semaine. Sinon vous ne saurez jamais ce qui a marché.
  • Laissez trois à quatre semaines. La première semaine a toujours l'air mauvaise. Les habitués ont besoin de deux commandes pour s'adapter.
  • Suivez la contribution par course, pas le nombre de commandes. Ici, le nombre de commandes est l'indicateur de vanité.
  • Surveillez les paniers abandonnés. Si les gens construisent un panier et partent, votre minimum est au-dessus de ce qu'ils veulent dépenser, pas seulement au-dessus de ce qu'ils attendaient.
  • Ne vous excusez pas en l'annonçant. « Livraison 3,90 € dans un rayon de 4 km, minimum 22 €. » C'est tout. Pas de paragraphe d'explication. Les clients acceptent des règles claires et discutent les règles défensives.
  • Ne gardez aucune exception. Deux grilles tarifaires en même temps, c'est un cauchemar pour l'équipe et un aimant à mauvais avis.

Les erreurs qui transforment la livraison en loisir

  • Une zone tracée sur une carte plutôt que roulée un vendredi. La plus fréquente, de loin.
  • Des frais uniques pour toutes les distances. Vous subventionnez vos pires commandes avec les meilleures.
  • Un minimum fixé par politesse. Un minimum à 10 € n'est pas généreux, il est coûteux.
  • La livraison offerte sans seuil. Nommez-la ou perdez-la.
  • Ne jamais recalculer. Salaires, carburant, emballages et tarifs coursiers ont tous bougé cette année. Votre coût par course de 2024 est une fiction. Refaites-le tous les six mois.
  • Empiler les frais. Frais de livraison, frais de service, frais de petite commande et invitation à laisser un pourboire sur le même écran : c'est comme ça qu'une commande à 24 € en devient une à 34 € et une mauvaise histoire.

Questions fréquentes sur les frais et les minimums de livraison

Combien un restaurant doit-il facturer la livraison ? Entre 2,50 et 4,90 € pour la plupart des indépendants français en 2026. Visez à couvrir 40 à 60 % de votre coût par course, qui tourne en général entre 10 et 13 € une fois comptés le temps du livreur, les kilomètres, l'emballage et le risque de remboursement.

Quel montant minimum de commande fixer ? 18 à 30 € pour la plupart des cuisines. Calculez-le avec (coût par course − frais de livraison + marge visée) ÷ taux de marge brute, puis comparez-le à environ 1,5 fois votre ticket moyen en salle, et retenez le plus élevé des deux.

Quelle taille doit faire ma zone de livraison ? Pas plus de 20 minutes porte à porte à votre heure de pointe. En ville dense, ça fait souvent 1,5 à 4 km. En périurbain étalé, ça peut aller jusqu'à 7 km. Mesurez en temps de trajet, jamais avec un cercle sur une carte.

Peut-on facturer des frais différents selon la zone ? Oui, et vous devriez. Des frais étagés par distance, avec des montants minimum qui montent en même temps, sont le changement le plus efficace qu'un restaurant puisse faire sur la rentabilité de sa livraison. Restez à trois zones pour que l'équipe et les clients suivent.

Faut-il proposer la livraison offerte ? Seulement au-dessus d'un seuil fixé 40 à 60 % plus haut que votre panier moyen actuel en livraison, et seulement dans votre zone la plus proche. La livraison offerte sur tout est une remise permanente sans bénéfice marketing.

Les prix en livraison doivent-ils être plus élevés qu'en salle ? Une majoration de 10 à 15 % sur les plats livrés est courante et largement acceptée. N'essayez simplement pas d'y enterrer tout le coût de la course : les clients comparent vos deux cartes.

Les frais de livraison sont-ils soumis à la TVA ? Oui, et à quel taux, c'est la question. En principe, les frais de livraison suivent le régime de la prestation principale : 10 % pour un repas à consommation immédiate, 5,5 % pour un produit conditionné destiné à être conservé, 20 % pour l'alcool. Un ticket mixte demande une ventilation. Faites valider votre paramétrage par votre expert-comptable.

Les frais de livraison vont-ils au livreur ? Non — ils couvrent votre coût d'acheminement. En France, le service est compris dans les prix affichés, et le pourboire éventuel revient au livreur. Dites-le clairement sur votre page de carte, parce que beaucoup de clients supposent l'inverse.


La livraison n'est ni un problème technologique ni un problème marketing. C'est trois chiffres, et presque personne ne les calcule.

Calculez votre coût par course cette semaine. Ça prendra une heure avec un chronomètre et une calculatrice, et ça vous agacera probablement. Puis fixez des frais qui en couvrent la moitié, un minimum qui vous paie le déplacement, et trois zones tracées à la montre plutôt qu'à la règle.

Vous enverrez moins de commandes. Vous en garderez beaucoup plus. Et un vendredi soir, vous saurez enfin si le sac qui part vaut le trajet — avant que le livreur ne parte, pas à la fin du mois.

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