Mettre en place la livraison directe sans plateforme : garder 100 % de chaque commande (2026)
Une commande de 45 € sur une grande plateforme de livraison peut n'arriver sur votre compte qu'à hauteur de 29 €. La nourriture vous a déjà coûté 14 €. Voilà la livraison via marketplace en une ligne.
Réponse courte : vous pouvez mettre en place la livraison directe en une semaine environ. Donnez à la livraison ses propres horaires, tracez un rayon que vous couvrez en 20 minutes, fixez un montant minimum de 18 à 30 €, et facturez des frais réels de 2,50 à 4,90 €. Puis choisissez qui roule — votre propre livreur dans un rayon serré, ou un coursier à la demande comme Uber Direct, Stuart ou Shopopop pour tout ce qui est plus large, entre 4 et 9 € HT la course. Mettez un seul lien de commande partout : Google, bio Instagram, tickets, emballages. Vous gardez la totalité de la commande, moins 1,5 à 2 % de commission bancaire. Aucune commission sur les plats, jamais.
La technique est la partie facile. Ce sont les décisions d'organisation, ennuyeuses, que la plupart des restaurateurs sautent — et c'est exactement là que la livraison directe échoue.
Ce que veut dire « livraison directe »
La livraison directe, c'est quand la commande arrive chez vous, pas sur une place de marché. Votre carte, vos prix, votre encaissement, votre client. Vous obtenez le nom, le numéro, l'adresse et l'historique de commande. Sur une plateforme, rien de tout ça ne vous appartient.
Il y a trois façons de la faire tourner, et elles ne sont pas équivalentes :
- Vos propres livreurs. Des salariés, en scooter, à vélo ou en voiture. Le moins cher par commande dans un petit rayon. C'est vous qui portez l'assurance et le planning.
- Des coursiers à la demande en marque blanche. Vous prenez la commande, un réseau de coursiers la livre en votre nom. Forfait par course, aucun pourcentage sur la nourriture. Uber Direct, Stuart et Shopopop fonctionnent comme ça — comptez environ 4 à 9 € HT la course en 2026 selon la distance, la ville et l'heure. Vérifiez les tarifs en vigueur, ils bougent.
- Le mixte. Votre livreur en dessous de 2 km, un coursier au-delà. C'est ce que font aujourd'hui la plupart des indépendants malins.
Remarquez ce qui manque dans les trois : une place de marché qui prend une part de vos plats.
Le vrai calcul sur une commande de 45 €
Les chiffres battent les opinions. Même commande, trois façons.
Sur une place de marché, palier de commission à 30 % :
- Commission : 13,50 €
- Emballage : 1,60 €
- Risque de remboursement (2 %) : 0,90 €
- Il vous reste environ 29,00 €
En direct, avec votre livreur :
- Commission bancaire (environ 1,8 %) : 0,81 €
- Emballage : 1,60 €
- Coût du livreur pour une course de 15 minutes (salaire chargé + kilomètres) : 5,50 €
- Le client a payé 3,90 € de frais de livraison, donc 3,90 € reviennent
- Il vous reste environ 41,00 €
En direct, avec un coursier à la demande à 7,50 € :
- Commission bancaire : 0,81 €
- Emballage : 1,60 €
- Prestation coursier : 7,50 €
- Le client a payé 3,90 € de frais, donc 3,90 € reviennent
- Il vous reste environ 39,00 €
Soit 10 à 12 € de plus par commande. À 20 commandes en livraison par jour, on approche des 70 000 € par an. Un salaire de chef, caché dans votre structure de frais.
C'est le genre de paradoxe qu'on voit tout le temps dans ce métier : un patron discutera 40 centimes sur un colis de salade, puis laissera partir 13,50 € par commande sans sourciller. Si vous voulez le détail complet de ce que coûtent réellement les plateformes, on a fait les comptes dans les vrais calculs de la livraison via les plateformes.
Étape 1 : donnez à la livraison ses propres horaires
Ne faites pas de livraison dès que la porte est ouverte. C'est l'erreur numéro un.
La livraison a besoin de son propre planning, distinct des horaires de la salle. La plupart des cuisines devraient couper la livraison pendant le pic du service sur place, puis la rouvrir ensuite. Un bon qui reste 18 minutes au passe parce que la ligne est ensevelie arrive froid, et une commande froide c'est un remboursement plus un mauvais avis.
Choisissez vos créneaux calmes à moyens. En semaine 11 h 30 – 13 h 30 et 18 h – 20 h fonctionne pour beaucoup de cuisines. Coupez le samedi soir tant que vous n'avez pas prouvé que la ligne encaisse.
Étape 2 : tracez un rayon que vous pouvez vraiment tenir
Vingt minutes, porte à porte. C'est la limite honnête pour de la nourriture chaude.
En ville dense ça peut faire 1,5 km. En périurbain étalé, jusqu'à 6 ou 7 km. Ne le fixez pas à la règle sur une carte — fixez-le au temps de trajet à votre heure de pointe, stationnement, ascenseurs et sens uniques compris. Puis roulez-le vous-même un vendredi à 19 h avant de le promettre à qui que ce soit.
Un rayon trop grand est la première cause d'échec de la livraison directe. La nourriture part très bien et arrive triste. Le client accuse la nourriture, pas la distance.
Étape 3 : fixez un montant minimum et tenez-le
Une commande de 14 € avec 3,90 € de frais est une opération perdante. Vous ne pouvez pas payer 5,50 € de course pour 14 € de nourriture et appeler ça une entreprise.
Fixez un minimum de 18 à 30 € selon votre ticket moyen. Une bonne règle : le montant minimum devrait valoir environ 1,5 fois votre ticket moyen en salle. Il filtre les trajets qui perdent de l'argent et pousse discrètement à ajouter un accompagnement ou une boisson.
Affichez clairement le minimum sur la page de la carte. Personne n'aime construire un panier pour découvrir la règle au paiement.
Étape 4 : facturez des frais qui couvrent la course
La livraison offerte n'est pas une stratégie. C'est une remise que vous avez oublié de nommer.
- Avec vos livreurs : facturez 2,50 à 3,90 €. Votre coût réel par course tourne plutôt entre 5 et 9 € une fois le salaire chargé et les kilomètres comptés, donc vous le partagez, vous ne le couvrez pas. C'est très bien — ça reste infiniment moins cher qu'une commission.
- Avec un coursier : facturez 3,90 à 5,90 € et absorbez le reste. Les clients s'attendent déjà à des frais, ils en voient sur toutes les applications.
- Les paliers de distance fonctionnent. 2,50 € en dessous de 2 km, 4,90 € au-delà. Simple, juste, et ça oriente la demande vers votre zone rentable.
Un point à régler avant de lancer : la TVA sur les frais de livraison. Ils ne se taxent pas automatiquement à 20 % — en principe, ils suivent le régime de la prestation principale : 10 % pour un repas à consommation immédiate, 5,5 % pour un produit conditionné destiné à être conservé, 20 % pour l'alcool. Un panier mixte demande une ventilation. On a détaillé ce raisonnement dans la TVA sur place, à emporter et en livraison, et il vaut mieux faire valider le paramétrage de votre caisse par votre expert-comptable.
Étape 5 : décidez qui roule
Vos propres livreurs ont du sens quand vous avez du volume régulier, un rayon serré, et quelqu'un pour faire les plannings. Trois points à traiter sérieusement en France :
- L'assurance. Un contrat d'assurance automobile ou deux-roues à usage privé ne couvre pas l'usage professionnel. Il faut un usage « professionnel » ou « tous déplacements » déclaré, et souvent une garantie marchandises transportées. Appelez votre courtier avant la première livraison, pas après le premier accident. Si le livreur utilise son propre véhicule, l'assurance doit être adaptée de son côté aussi, et vous devez pouvoir le prouver.
- Le statut. Un livreur qui travaille à vos horaires, avec vos consignes, sous votre autorité, est un salarié. Le faire facturer en auto-entrepreneur dans ces conditions expose à une requalification et à une qualification de travail dissimulé, avec un redressement URSSAF au bout. C'est l'un des points les plus contrôlés du secteur. Si vous embauchez, vous embauchez : contrat, convention collective HCR, visite médicale, DPAE.
- Les frais kilométriques. Si le salarié utilise son véhicule personnel, remboursez au barème kilométrique publié chaque année par l'administration fiscale. Vérifiez le chiffre de l'année en cours, il change tous les ans.
Les coursiers à la demande ont du sens quand le volume est irrégulier, que votre rayon est large, ou que vous ne voulez pas gérer une flotte. Vous signez directement avec le service de coursiers ; c'est un compte distinct de la place de marché, même quand la même entreprise possède les deux. La livraison arrive à votre nom, et la commande ne touche jamais leur marketplace.
Commencez par les coursiers. Passez à vos propres livreurs plus tard, quand le volume le justifie.
Étape 6 : construisez une carte de livraison, pas une copie de votre carte
Certains plats ne voyagent pas. Tout ce qui est croustillant, tout ce qui a une écume, tout ce qui est dressé pour être mangé en 90 secondes — laissez-les de côté.
- Réduisez la carte aux 15 à 25 plats qui survivent à 20 minutes dans une barquette.
- Majorez les prix en livraison de 10 à 15 % par rapport à la salle. L'emballage et le temps du livreur sont de vrais coûts. Les clients l'acceptent.
- Photographiez tout. La livraison est un achat guidé par l'image — de bonnes photos de carte font monter le panier plus que n'importe quelle promotion.
- Testez une commande vous-même. Commandez-la, attendez 20 minutes, puis mangez-la. Ce seul test va changer votre carte.
- Pensez à l'emballage réglementaire : mentions obligatoires, information allergènes par écrit, et les règles françaises sur les contenants et les couverts jetables. Un sac scellé avec une étiquette qui liste les allergènes vous protège autant qu'il rassure.
Étape 7 : un seul lien, partout
C'est là que la plupart des restaurateurs perdent. Ils mettent en place la commande en ligne, puis ils la cachent.
Il vous faut un lien court qui ouvre votre carte et prend la commande. Ensuite il va sur :
- Votre fiche d'établissement Google. En lien de commande et en lien de carte. C'est de très loin votre première source de trafic gratuit.
- La bio Instagram et TikTok. Un lien, pas un PDF.
- Un autocollant QR code sur chaque sac à emporter et chaque carton de livraison. L'acquisition client la moins chère de la restauration.
- Le bas de chaque ticket.
- Un chevalet de table et la vitrine. Vos clients en salle sont vos meilleurs futurs clients en livraison.
Vous n'avez pas besoin d'un site complet pour ça. Une carte digitale avec son propre lien fait le travail. Des plateformes gratuites comme Tabres permettent d'activer la livraison par établissement, avec ses propres horaires, une distance maximale, un montant minimum et des frais — sans commission et sans abonnement. Si vous vous demandez si un vrai site vaut encore le coup, on a comparé les options dans les alternatives gratuites à un site de restaurant.
Étape 8 : récupérez vos clients des plateformes
Les plateformes ont vos clients. Allez les chercher.
- Un carton dans chaque commande livrée par une plateforme. « Commandez en direct la prochaine fois — 15 % de remise, même cuisine, même livreur. » Une ligne, pas plus.
- Une vraie offre, pas un code que personne ne tape. Un QR code qui ouvre votre carte avec la remise déjà appliquée convertit infiniment mieux.
- Ne financez jamais les promotions dans l'application. Vous payez déjà 30 %. Ajouter un « 6 € offerts dès 30 € » par-dessus, c'est payer pour le privilège de perdre de l'argent.
- Soyez patient. Un objectif réaliste, c'est de basculer 20 à 30 % du volume plateforme vers le direct en six mois. Ceux qui poussent fort sur les cartons dans les sacs y arrivent plus vite.
- Attention à la clause d'exclusivité. Certains contrats de plateforme encadrent la parité tarifaire ou la communication. Relisez le vôtre avant d'imprimer 5 000 cartons — et sachez que les clauses de parité de prix ont été sérieusement encadrées par le règlement européen sur les plateformes.
Gardez les plateformes pour la découverte. Arrêtez simplement de les traiter comme votre canal principal. Les marketplaces pour les nouveaux visages, le direct pour les habitués — c'est la répartition qui fonctionne en 2026.
Étape 9 : surveillez quatre chiffres
Chaque lundi, regardez ceux-là :
- La part du direct dans le total de vos livraisons. C'est le chiffre qui compte. S'il ne monte pas, votre lien n'est pas assez visible.
- Le panier moyen en livraison. Il devrait être au-dessus de votre ticket moyen en salle. Sinon, votre minimum est trop bas.
- Le temps de livraison moyen, porte à porte. Au-delà de 30 minutes, vous avez un problème de rayon ou un problème de timing en cuisine.
- Le taux de réachat. Combien de clients directs ont commandé deux fois en 60 jours ? En dessous de 25 %, la nourriture ne voyage pas bien.
Dix minutes par semaine sur ces quatre chiffres valent mieux qu'une analyse mensuelle que personne ne fait. Si vous en voulez une liste plus complète, on a réuni les indicateurs à regarder chaque lundi matin.
Les erreurs qui tuent la livraison directe
- Un rayon trop grand. Nourriture froide, remboursements, avis une étoile. Rétrécissez.
- Aucun budget emballage. Une barquette à 0,30 € ruine un plat à 18 €. Payez pour des contenants ventilés et des opercules d'inviolabilité.
- Personne pour répondre au téléphone. Les commandes directes génèrent encore des appels. Quelqu'un doit décrocher.
- Une adresse mal saisie. Collectez rue, numéro, étage, code d'accès et une note pour le livreur. « Porte bleue, interphone en panne » fait gagner dix minutes.
- Lancer en silence. Si vous ne le dites à personne, personne ne vient. Publiez-le, collez-le, imprimez-le, dites-le à chaque table pendant deux semaines.
- Abandonner au deuxième mois. La commande directe est cumulative. Les clients convertis en mars commandent encore en octobre.
Questions fréquentes
Faut-il quitter complètement les plateformes ? Non, et probablement pas. Gardez-les pour la découverte, faites tourner le direct pour les habitués. La plupart des indépendants qui réussissent gardent les deux et déplacent le curseur avec le temps.
Combien coûte la mise en place de la livraison directe ? Presque rien avec une plateforme de commande gratuite. Vos vrais coûts sont la commission bancaire à 1,5–2 %, l'emballage, et soit le salaire d'un livreur, soit un forfait coursier par course.
Peut-on utiliser les livreurs des plateformes sans être sur la plateforme ? Oui. Uber Direct, Stuart et Shopopop sont des services de coursiers que vous contractez séparément. Votre commande reste la vôtre, vous ne louez que le livreur. Forfait fixe, aucune commission sur les plats.
Quels frais de livraison facturer aux clients ? De 2,50 à 5,90 €, selon la distance et qui roule. La livraison offerte n'a de sens qu'au-dessus d'un minimum élevé, autour de 45 à 50 €.
Mon assurance auto personnelle suffit-elle pour livrer ? Presque certainement pas. Les contrats à usage privé excluent l'usage professionnel. Parlez à votre courtier d'un usage professionnel déclaré et d'une garantie marchandises transportées avant de commencer.
Peut-on faire livrer par un auto-entrepreneur ? Prudence. Si vous fixez ses horaires, ses tournées et ses consignes, la relation ressemble à un contrat de travail et s'expose à une requalification en travail dissimulé. Passez par un service de coursiers structuré, ou embauchez avec un vrai contrat.
La livraison directe n'est pas vraiment un projet technologique. C'est une série de décisions sur la distance, le timing et ce qu'une livraison vaut honnêtement pour vous. Rendez le rayon honnête, le minimum ferme et les frais réels, et le reste n'est que de la répétition.
Commencez petit. Deux kilomètres, vingt plats, vos heures calmes, un lien visible. Prouvez que ça marche pendant un mois, puis élargissez. La commission que vous arrêtez de payer ne fera jamais de titre — elle apparaît discrètement, chaque vendredi, dans le chiffre en bas du rapport.